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Et si construire une relation était une compétence ?

Ces articles ne proposent pas de recettes. Ils sont des réflexions personnelles, une invitation à penser autrement les relations humaines.

L'amour n'est pas qu'une question de chance.


Je crois que nous nous trompons sur la vie amoureuse. 

Nous pensons qu'une relation dépend de la bonne rencontre, des bonnes étapes à franchir ou des projets que nous construisons ensemble. Nous investissons beaucoup d'énergie à bâtir une vie commune, mais très peu à apprendre à construire la relation elle-même. 

Pourtant, construire une relation est une compétence. 

Une relation n'est pas un objectif à atteindre ni un équilibre à préserver. C'est un espace vivant qui se construit entre deux personnes. Un espace qui grandit lorsque chacun peut exprimer ce qui est vivant en lui, être accueilli sans jugement et reconnaître que la réalité intérieure de l'autre a autant de valeur que la sienne. 

Je crois que le respect est la condition de cette croissance. 

Être sur un pied d'égalité ne signifie pas vivre la même chose, ni penser la même chose. Cela signifie reconnaître que ce que chacun vit mérite la même attention. C'est à partir de cette reconnaissance que la connexion devient possible, que les différences peuvent être traversées et que de nouvelles solutions peuvent émerger. 

Je crois que le vivant est un mouvement permanent qui nous traverse. 

Il nous invite sans cesse à nous ajuster, à apprendre, à créer et à devenir davantage nous-mêmes. Une relation vivante n'est donc pas une relation sans conflit ni sans changement. Elle est une relation qui accompagne ce mouvement au lieu de chercher à le figer. 

C'est pourquoi je ne mesure pas la réussite d'une relation à sa durée, mais à sa capacité à faire grandir le vivant. 

Parfois, cela signifie continuer ensemble. 

Parfois, cela signifie se transformer. 

Et parfois, cela signifie accepter qu'une relation soit allée au bout de ce qu'elle pouvait offrir, afin que chacun poursuive son chemin. 

La mort fait partie du vivant, comme la séparation peut faire partie d'une relation vécue avec justesse. 

Je crois enfin que la vie amoureuse est l'un des plus puissants terrains d'apprentissage de notre existence. Parce qu'elle nous confronte à l'altérité, elle nous apprend à transformer notre intelligence émotionnelle en capacité d'agir, à faire des choix plus féconds et à devenir plus libres d'être nous-mêmes. 

Mon ambition n'est pas d'aider les personnes à trouver l'amour. 

Mon ambition est de contribuer à faire reconnaître que construire une relation vivante est une compétence qui s'apprend tout au long de la vie. Car je crois que les personnes qui apprennent à prendre soin du vivant dans leurs relations contribuent aussi à construire une société plus consciente, plus respectueuse de la diversité et plus capable de traverser les changements qui l'attendent.

Pourquoi voulons-nous tant contrôler le vivant ?

Nous avons peur de ce que nous ne pouvons pas maîtriser.

Nous aimons prévoir, anticiper, sécuriser, organiser.

Nous construisons des plans de carrière, des projets de vie, des budgets, des stratégies.

Nous cherchons des certitudes parce qu'elles nous rassurent.

Et cette recherche est profondément humaine.

Elle nous aide à traverser un monde incertain.

Le problème n'est donc pas le contrôle.

Le problème apparaît lorsque nous essayons d'appliquer cette logique à ce qui est vivant, car le vivant ne se laisse jamais totalement maîtriser.

Aucun jardinier ne peut ordonner à une plante de pousser.

Il peut préparer la terre, l'arroser, la protéger, mais il ne produit jamais la vie.

Il crée simplement les conditions dans lesquelles elle peut se déployer.

Je crois qu'il en va de même pour les relations.

Nous aimerions souvent obtenir des garanties, être certains que l'autre nous aimera toujours, qu'il ne changera pas, qu'il ne nous quittera pas.

Nous cherchons parfois la bonne méthode, la bonne règle, la bonne personne, comme si elles pouvaient nous mettre définitivement à l'abri de l'incertitude.

Pourtant, aimer quelqu'un, c'est accepter une réalité beaucoup plus exigeante.

L'autre restera toujours libre, d'évoluer, de se transformer, de nous surprendre.

Cette liberté est parfois source d'angoisse, mais elle est aussi la condition même de la relation car une relation où l'autre ne pourrait plus changer ne serait plus vraiment une rencontre. 

Elle deviendrait un objet.

Je crois que beaucoup de nos souffrances naissent de cette confusion.

Nous essayons de sécuriser ce qui ne peut vivre que dans le mouvement.

Nous cherchons à posséder ce qui ne peut exister que dans la liberté.

Nous voulons des garanties là où le vivant nous propose une confiance.

Faire confiance ne consiste pas à croire que rien de difficile n'arrivera.

Faire confiance consiste à croire que nous serons capables de traverser ensemble ce qui arrivera.

Cette nuance change tout.

La confiance ne remplace pas l'incertitude.

Elle permet d'habiter l'incertitude autrement.

Le véritable contraire du contrôle est peut-être la coopération. 

Coopérer avec le vivant, ce n'est pas abandonner toute volonté, c'est accepter que notre volonté ne soit jamais seule à écrire l'histoire, mais que nous devons apprendre à coopérer avec ce qui est autour de nous : les autres, les circonstances, le temps, la vie.